Ma rencontre avec l’architecture d’Ali Tur s’est faite à treize ans, en Guadeloupe, l’île natale de mes parents. À travers la vitre d’un bus, j’aperçois pour la première fois l’un de ces bâtiments massifs, monochromes, aux volumes strictement géométriques. Leur style Art Déco tranche avec la végétation tropicale et le paysage environnant. Ce contraste me frappe, m’imprègne — et ne me quittera plus.
Dix ans plus tard, après des études d’architecture à Paris, je redécouvre ces mêmes formes dans un ouvrage consacré au patrimoine Guadeloupéen. J’y apprends l’existence d’une centaine de bâtiments construits dans les années 1930, disséminés à travers la Guadeloupe. Leur présence dans le quotidien — mairies, églises, écoles — les rend presque invisibles, et pourtant leur singularité demeure.
Le dessin a été mon premier point d’entrée. J’en ai tracé les lignes, répété les volumes. Peu à peu, les formes sont devenues trames, grilles, rythmes.
La couleur est venue ensuite.
Elle souligne, recouvre, absorbe. Elle fait apparaître puis disparaître l’architecture, jusqu’à la faire basculer dans un mouvement presque textile.
Ce travail fait écho au madras, tissu emblématique des cultures antillaises, dont les motifs vibrants et structurés traversent mes compositions.
Je prends aujourd’hui ces architectures comme point de départ. Entre rigueur des formes et intensité de la couleur, mon travail en propose une lecture sensible et contemporaine, en les déplaçant vers un autre espace : celui de la peinture.
Une manière de regarder autrement ce qui est déjà là.